Arnaques & alertes
Faux support technique Microsoft : reconnaître et éviter l’arnaque
· Julien Juchereau
Une fausse alerte de virus s’affiche, un numéro « Microsoft » clignote, un technicien vous appelle : l’arnaque au faux support technique est aujourd’hui la 3e menace informatique pour les particuliers en France. Elle peut vider un compte bancaire de plusieurs milliers d’euros. Voici comment la reconnaître, quoi faire face à un écran bloqué, et comment réagir si vous êtes déjà tombé dans le piège.
L’essentiel
- Microsoft l’affirme : ses messages d’erreur n’incluent jamais de numéro de téléphone, et l’éditeur ne vous appelle jamais de façon non sollicitée.
- Face à un écran bloqué, il ne faut jamais appeler le numéro affiché : on ferme le navigateur de force et on redémarre.
- Le préjudice, autrefois de quelques centaines d’euros, peut aujourd’hui atteindre plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers d’euros, selon Cybermalveillance.gouv.fr.
- Si vous êtes victime : couper la connexion, désinstaller le logiciel de prise en main à distance, faire opposition, changer ses mots de passe, signaler et porter plainte.
L’arnaque au faux support technique consiste à effrayer une personne en lui faisant croire que son ordinateur est infecté ou piraté, pour la pousser à contacter un faux service d’assistance qui prendra ensuite le contrôle de la machine et de l’argent. Selon Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif public d’aide aux victimes, il s’agit de la 3e menace visant les particuliers. Microsoft, Apple, Google, votre fournisseur d’accès ou votre banque servent de façade : leurs noms rassurent, mais aucune de ces entreprises n’est réellement au bout du fil.
Comment l’arnaque se déclenche
Le point de départ est presque toujours une alerte anxiogène. Vous naviguez sur internet et, soudain, une page rouge ou un « écran bleu » remplit tout l’écran. Un message affirme qu’un virus a été détecté, que vos données vont être perdues, parfois avec un compte à rebours et un signal sonore. Un numéro de téléphone présenté comme celui du « support Microsoft » ou « Windows » s’affiche, avec l’ordre d’appeler immédiatement.
Cette fenêtre est conçue pour paraître impossible à fermer : les escrocs mettent le navigateur en plein écran et empilent des pop-up qui reviennent sans cesse. L’autre porte d’entrée est l’appel entrant : une personne se présentant comme technicien Microsoft vous téléphone pour signaler un « problème détecté » sur votre appareil. Dans les deux cas, l’ordinateur n’est en réalité pas infecté : c’est la peur qui est fabriquée.
Le scénario type, jusqu’au vol d’argent
Une fois que la victime appelle ou décroche, le faux technicien prend la main. Il demande d’installer un logiciel de prise en main à distance — souvent un outil parfaitement légitime comme TeamViewer ou AnyDesk, détourné de son usage. Avec ce logiciel, l’escroc voit et contrôle l’écran comme s’il était devant la machine. Il simule un « diagnostic », affiche de fausses infections, puis réclame un paiement pour la réparation : abonnement, achat de logiciel inutile, parfois cartes cadeaux ou virement présenté comme une mise « en sécurité » du compte.
Le pire survient quand l’accès à distance sert à fouiller l’ordinateur : mots de passe enregistrés dans le navigateur, identifiants bancaires, photos de pièces d’identité. Dans une affaire rapportée par Clubic en février 2026, une victime a perdu 9 000 euros après avoir laissé un faux technicien Microsoft installer un logiciel de contrôle à distance ; la cour d’appel de Paris a confirmé, le 4 février 2026, que sa banque n’était pas tenue de la rembourser. Un rappel que la vigilance reste, pour l’instant, la meilleure protection.
Les signes qui trahissent l’arnaque à coup sûr
Un principe simple permet d’écarter presque tous les faux supports. Microsoft l’écrit noir sur blanc sur son site d’assistance : ses messages d’erreur et d’avertissement « n’incluent jamais de numéro de téléphone », et l’entreprise « ne vous enverra jamais d’e-mails ni ne vous appellera de manière non sollicitée » pour proposer une assistance. Elle ajoute : si vous recevez un appel non sollicité de quelqu’un se disant du support Microsoft, raccrochez. Ce principe vaut pour Apple, Google ou votre fournisseur d’accès : ces éditeurs ne démarchent pas.
Les autres signaux d’alerte se recoupent : un sentiment d’urgence entretenu (« agissez maintenant »), une demande d’installer un logiciel ou d’accorder l’accès à distance, et surtout toute demande de paiement, d’achat de cartes cadeaux ou de virement « pour sécuriser » le compte. Un vrai service technique ne réclame jamais de payer en cartes cadeaux ni en cryptomonnaie, et n’a jamais besoin de vos codes de carte bancaire.
Ce qu’il faut faire face à un écran bloqué
Le premier réflexe est de ne pas appeler le numéro affiché, même si la page semble impossible à quitter. L’écran n’est qu’une page web piégée : votre ordinateur n’est pas verrouillé. Essayez de fermer l’onglet ou la fenêtre du navigateur. Si rien ne réagit, forcez la fermeture du navigateur : sous Windows, la combinaison de touches Ctrl + Alt + Suppr ouvre le gestionnaire des tâches, d’où vous pouvez arrêter le programme.
En dernier recours, redémarrez l’ordinateur. Au redémarrage, ne rouvrez pas les onglets précédents si votre navigateur le propose, pour ne pas recharger la page piégée. Ne téléchargez aucun logiciel « de nettoyage » suggéré par l’alerte et n’accordez jamais l’accès à distance. Tant que vous n’avez ni appelé, ni installé de logiciel, ni communiqué d’information, vous n’avez rien à craindre : l’alerte était un simple leurre.
Vous avez déjà donné accès ou payé : les gestes d’urgence
Si vous êtes allé plus loin, agissez vite et dans l’ordre. Coupez d’abord la connexion internet de l’appareil (Wi-Fi ou câble) pour interrompre l’accès à distance. Désinstallez ensuite le logiciel de prise en main que l’escroc vous a fait installer (TeamViewer, AnyDesk ou autre). Faites analyser et nettoyer l’ordinateur avec un antivirus à jour ou un outil de désinfection reconnu ; en cas de doute, confiez-le à un professionnel.
Depuis un autre appareil sûr, changez tous les mots de passe qui pouvaient être visibles ou enregistrés sur la machine, en commençant par la messagerie et les comptes bancaires. Si vous avez communiqué vos coordonnées bancaires ou effectué un paiement, contactez sans attendre votre banque pour faire opposition et contester les opérations. Conservez captures d’écran, numéros appelés et preuves de paiement : ils serviront pour la plainte.
Où signaler et porter plainte
Plusieurs dispositifs officiels et gratuits existent. Cybermalveillance.gouv.fr propose un assistant de diagnostic en ligne, 17Cyber, qui oriente les victimes vers les bonnes démarches. La plateforme Info Escroqueries répond au 0 805 805 817 (appel gratuit, du lundi au vendredi de 9 h à 18 h 30) pour être conseillé. Vous pouvez aussi signaler les faits sur la plateforme officielle du ministère de l’Intérieur, internet-signalement.gouv.fr.
Le signalement ne remplace pas la plainte : déposez plainte au commissariat ou à la gendarmerie, ou en ligne selon les cas, avec vos preuves. En cas de paiement par carte bancaire frauduleux, le service Perceval permet de le signaler. Pour un accompagnement, l’association France Victimes est joignable au 116 006. Signaler est utile même sans perte d’argent : cela nourrit les enquêtes et aide à démanteler les réseaux.
Personnes âgées : pourquoi elles sont visées, et le rôle des proches
Les personnes âgées figurent parmi les cibles privilégiées. L’association Les Petits Frères des Pauvres, dans un article publié le 30 avril 2026, souligne que les seniors accompagnés cumulent souvent isolement social, fragilité économique et fracture numérique. « Quand on est seul, sans réseau de soutien, sans les codes du numérique, il est bien plus difficile de repérer un faux message », rappelle l’association. Selon une étude Microsoft-Ifop citée par Cybermalveillance.gouv.fr, seuls 16 % des seniors connaissent les démarches à suivre en cas d’arnaque en ligne.
L’entraide est ici la meilleure défense. Un proche peut aider à installer les mises à jour, à mettre en place un antivirus, et surtout rappeler une règle claire : en cas de doute, on ne fait rien seul, on raccroche et on appelle un membre de la famille ou le vrai service, avec le numéro figurant sur une facture. Parler de ces arnaques autour de soi, sans jugement, désamorce la honte qui empêche souvent les victimes de réagir à temps.
Vos questions, nos réponses
Microsoft peut-il vraiment m’appeler pour un virus sur mon ordinateur ?
Non. Microsoft indique qu’il ne passe jamais d’appel non sollicité et que ses messages d’erreur n’affichent jamais de numéro de téléphone. Tout appel ou pop-up prétendant venir du « support Microsoft » pour signaler un virus est une arnaque. Le bon réflexe est de raccrocher ou de fermer la fenêtre.
J’ai laissé quelqu’un prendre le contrôle de mon PC à distance, que faire ?
Coupez immédiatement la connexion internet, puis désinstallez le logiciel de prise en main (TeamViewer, AnyDesk…). Faites analyser l’ordinateur par un antivirus ou un professionnel, et changez vos mots de passe depuis un autre appareil. Si des données bancaires ont pu être vues, prévenez votre banque sans attendre pour faire opposition.
Vais-je être remboursé si j’ai fait un virement ou payé ?
Il n’y a aucune garantie. Le remboursement dépend du moyen de paiement et de l’appréciation d’une éventuelle négligence : dans un cas jugé en février 2026, une banque n’a pas été condamnée à rembourser 9 000 euros. Faites malgré tout opposition sans délai, contestez les opérations par écrit et déposez plainte : ce sont vos meilleures chances.